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DRUMMING THROUGH THE DECADES (La batterie à travers les décennies)

 

Episode 1 : De l’époque antique aux années 1900

Les changements de couleurs correspondent à la progression des sous-titres en Anglais dans la vidéo.

 

Saviez-vous que le premier percussionniste/batteur de l’histoire étaient une femme ? Son nom était Lipishiau et c’était une teigne, une dure à cuire.

En fait, il fut un temps où tous les percussionnistes étaient des femmes. Incroyable, non ?!

Dans ce cas, pourquoi la batterie est-elle considérée aujourd’hui comme un instrument masculin et quelles sont les étapes-clés qui ont construit progressivement la batterie comme l’instrument que nous connaissons aujourd’hui ?

Mon nom est Vicky O’Neon. Je suis batteuse et prof de batterie. Dans cette série documentaire, nous allons examiner l’histoire de la batterie et plus particulièrement comment cet instrument a évolué sur les 150 dernières années

Générique

Ayant consacré ma vie professionnelle à la batterie, je trouve l’évolution de cet instrument fascinant autant sur le plan matériel que musical.

Je me suis également particulièrement intéressée à l’histoire des femmes batteuses.

Si vous êtes une femme et que vous jouez de la batterie, vous êtes probablement habituée à entendre des commentaires du genre : « Wow, c’était vraiment bien pour une fille ! » ou « Wow, je n’avais jamais vu une fille batteuse ! »

Alors, j’ai voulu savoir si c’était vrai que les batteuses étaient si peu nombreuses et dans ce cas, quelle en était la véritable raison.

Après quelques recherches j’ai découvert qu’en fait, l’histoire regorgeait de femmes musiciennes et batteuses dont une grande partie est tombée dans l’oubli aujourd’hui.

J’ai été profondément choquée de constater à quel point les femmes musiciennes avaient dû se battre pour exister à travers le siècle.

Dans l’épisode d’aujourd’hui, nous allons nous intéresser aux nonnes superstars et rebelles et aux raisons pour lesquelles de nombreuses jeunes femmes ont dû se déguiser en homme pour rejoindre l’armée.

Avant de s’intéresser à notre siècle nous ferons un détour pour comprendre ce qu’étaient les percussions avant l’invention de cet instrument qu’on nomme aujourd’hui une batterie.

On voit ça tout de suite !

Episode 1

Bien ! Résumons l’affaire : Au début des temps, la formation de la terre avait bien eu lieu, les dinosaures étaient effrayants et les humains au fil du temps inventèrent la roue, s’agacèrent dans quelques bagarres, fabriquèrent quelques bébés

et finirent par brancher une guitare électrique et prendre des baguettes pour inventer le rock ! C’est bien vrai, n’est-ce pas ?

Une minute, les choses n’ont peut-être pas été aussi simples.

Pour ce qui est des tambours, on peut constater qu’ils étaient majeurs dans la plupart des cultures et que de tous temps, les humains ont toujours tapé sur des trucs, inventant des rythmes de plus en plus complexes depuis le début des temps.

Les chercheurs infèrent que les femmes ont probablement été les premiers batteurs de l’histoire. Il faut dire qu’elles étaient les responsables de toutes les activités artistiques et religieuses dans nombre de sociétés.

Les illustrations archéologiques retrouvées en Israël, en Egypte ou en Mésopotamie fournissent des preuves que les femmes ont utilisé les percussions pendant des milliers d’années.

A l’origine, elles utilisaient surtout des canevas de tamisage pour les grains en guise de tambourin.

Les tambourins (tambours sur cadre) sont l’un des plus anciens instruments de musique et peuvent être considérés comme les premier tambours à avoir été inventés.

Ils comportaient une seule peau de frappe, généralement faite de cuir brut monté sur un cadre plus large que profond. La peau est tendue sur ce cadre appelé « shell » (coquille) fait de bois recourbé en cercle et tenu par des lanières.

On y trouve parfois des anneaux de métal ou des grelots attachés au cadre.

Dans nombre de cultures, le tambour était considéré comme un objet féminin par analogie au cœur battant de mère nature.

Les femmes étaient considérées comme des créatures magiques puisqu’elles étaient capables d’engendrer. Les tambours avaient un rôle symbolique majeur pour la sexualité, la fertilité et incarnaient les cultes du soleil et de la lune.

Donc, 2000 ans avant JC, la figure de la première batteuse de l’histoire mérite qu’on s’y arrête.

Elle s’appelait Lipushiau et vivait en Mésopotamie. Elle était la prêtresse batteuse de la cité mythique d’Ur.

Elle était l’autorité spirituelle, financière, administrative du plus grand temple d’Ur, dédié à la déesse de la lune, « Nana Suen ».

Le rôle de Lipushiau consistait à être l’intermédiaire entre les divinités et les humains. Son emblème et son outil d’intermédiation était le « Balagdi », un petit tambourin de forme ronde.

Plus tard, tout comme elles les femmes shamans des contrées de l’Est et de l’Ouest allaient utiliser les tambours dans des rituels de soins.

Alors, saviez-vous que les percussionnistes des temps anciens étaient en fait des femmes ? N’hésitez pas à laisser vos commentaires ci-dessous.

Pour ce qui est de l’évolution du matériel, les plus anciennes cymbales sont attestées en 1100 avant JC ; Elles étaient fabriquées dans la Turquie antique en Chine mais également en Egypte et en Israël.

Il faut également noter qu’en 600 avant JC et pendant les siècles qui suivirent l’utilité principale des tambours fut tournée vers les usages militaires à la fois pour cadencer les assauts contre l’ennemi et pour motiver les troupes.

Dans d’autres régions du monde, par exemple Sri Lanka autour de 500 avant JC, il est démontré que l’on utilisait les tambours comme moyen de communication entre les tribus.

Les motifs des rythmes comme le timbre des tambours pouvaient en effet signifier un très grand nombre de messages.

Ceci explique également l’intérêt des percussions pour les activités militaires qui se poursuivirent pendant des années. Ainsi, on frappait différents appels qui rythmaient toutes les activités des militaires.

Traversons le temps jusqu’à l’époque médiévale avec quelques changements radicaux dans l’usage des tambours et de la musique.

A ce stade de l’histoire, les percussionnistes se tournent du côté des rites païens.

Jusque-là les premiers chrétiens avaient abandonné les cymbales et les tambourins en les associant aux cultes sataniques ou à la présence du diable.

L’église avait banni beaucoup d’instruments de musique ainsi que nombres de mélodies et de rythmes. Les prêtres devinrent les seuls autorisés à être musiciens et les femmes furent interdites de chants ou de pratiques instrumentales. Dans le même temps, leur rôle dans la société était contraint et limité.

C’est donc en introduisant ces interdictions concernant les pouvoirs artistiques et spirituels qu’on a réduit les femmes au silence. 

Heureusement quelques femmes se rebellèrent et étonnamment une nonne comme Sainte Hildegard fut considérée comme la 1ère chanteuse superstar.

Bravo Hildegard !

Elle défiait les lois qui régissaient les pratiques musicales de ce 12ème siècle ; Elle a laissé plus d’œuvres chantées composées par elle que tous les autres musiciens du moyen-âge.

Elle est une rares compositrices connues de cette époque qui écrivait à la fois les paroles et la musique. Elle se servait également du tambourin sacrilège, dans ses musiques.

Vous rendez-vous compte qu’il fut un temps où le tambourin était interdit ?

Allons plus loin. Dans les années 1300, on inventa la 1ère caisse claire en Europe et à peu près au même moment apparaissent les 1ères baguettes de frappe en bois utilisées sur ces tambours.

Ces caisses claires « primitives » portaient le nom de « tabors ». Dans les années 1400 c’était au tour de la grosse caisse d’être créée. Elle était connue sous le nom de « tambour turque.

Teresa de Avila, dans les années 1500, fut une nouvelle superstar qui contribua grandement au changement de perspective sur la musique et les instruments au sein de l’église.

Elle se mit à enseigner le chant clandestinement aux autres nonnes et racheta la percussion comme un moyen approprié pour véhiculer la prière et la foi chrétienne. Bravo !

Quelques autres femmes furent également remarquables : Barbara Strozzi, Isabella Leonarda et Francesca Caccini. Francesca est d’ailleurs considérée comme l’une des compositrices les plus influentes parmi les européennes du 16ème et 17ème siècle.

Très peu de sa musique a cependant survécu. On considère qu’elle avait écrit (Avec toutes mes excuses pour ne pas arriver à prononcer correctement l’Italien !) le premier opéra féminin qui s’appelait « la Liberazione di ruggiero ».

Revenons au matériel. Au fur et à mesure du temps différentes essences d’arbre furent utilisées pour le bois des différents tambours.

Le pin Australien ou Filao était utilisé au 17ème et fut remplacé tout au long du 18ème par l’ébène pour fabriquer les tambours militaires.

Au cours du siècle suivant, les tambours ne changèrent pas beaucoup en Europe, mais de nouvelles percussions furent découvertes lors des explorations de l’Afrique ou de Cuba.

L’exemple des tambours-jumeaux dont les Bongos font partie, viennent effectivement de ces cultures et jouent encore un grand rôle dans la musique d’aujourd’hui.

Pour continuer la découverte du rôle des femmes, on peut dire que les quelques rebelles dont nous avons parlé, ont permis de maintenir cette pratique musicale, que de plus en plus de femmes maîtrisaient au cours du 18ème siècle.

Enfin !

Clara Schumann est une des plus célèbres pianistes et compositrices de son temps. Elle composa son premier concerto à l’âge de quatorze ans mais perdit totalement la confiance en son art pendant sa trentaine.

« J’avais cru posséder un talent créatif mais j’ai abandonné cette fadaise. Une femme ne doit pas désirer composer. Pas une d’entre elles n’y est réellement parvenu jusqu’à maintenant, alors pourquoi moi ? » Clara shumann.

            (à la voix : Pffffffff) …

Alors surtout, si vous vous battez pour exprimer votre créativité, ne vous découragez pas, ça fait si longtemps que le doute existe…

Parlons maintenant d’Ethel Smyth avec un Y, une autrice, compositrice, chef d’orchestre (Londonienne-22 avril 1858) qui était également une militante féministe ayant composé « La marche pour les femmes-The march of the women », un hymne du mouvement des suffragettes[Curieusement il existe également une américaine, Ethel Smith avec un I, organiste, 22 nov. 1902 - Note du traducteur]

Ethel Smyth fut enfermée pendant 2 mois à la prison de Hollaway comme bien d’autres de ses congénères pour avoir brisé une vitre pendant une manifestation.

Pendant ses 2 mois de prison, elle garda toujours vivant l’esprit de la musique en dirigeant les autres suffragettes, penchée à la fenêtre de sa cellule et seulement armée d’une brosse à dents en guise de baguette de chef d’orchestre.

Bravo Ethel !

Pour la plupart cependant, il faut bien dire que les femmes musiciennes jouaient essentiellement en privé, jamais en public.

C’est à cette époque d’ailleurs qu’on s’est mis à définir le genre des instruments, instruments masculins, instruments féminins…

La batterie était jugée complètement indécente pour les femmes mais même les instruments à cordes étaient considérés comme non-féminins.

Les seuls qui fussent acceptables étaient le piano, le clavecin et la Harpe à condition que les femmes les jouent avec grâce et féminité.

Pour exemple, voici une citation du 19ème à propos du récital de la harpiste Carolyn Longhi, dont l’incroyable talent ne reçoit que trois mots d’appréciation quand tout le reste est consacré à son apparence physique.

« Elle a bien joué mais surtout, et c’est ce qui compte, elle est très jolie. Elle comprend parfaitement comment profiter des avantages de sa splendide silhouette.

Elle sait, spécialement à la harpe, se positionner de manière très gracieuse afin que nous puissions la contempler sous tous les angles. » Blah, blah, blah… Misc.dude.

Alors ? Que ressentez-vous en entendant ces propos et que peut-on dire de l’industrie de la musique aujourd’hui : Vos commentaires ci-dessous.

Il faut bien reconnaître que même toutes ces femmes rebelles qui cherchèrent à démarrer des orchestres à cette époque ne furent jamais réellement prises au sérieux et ne purent que très rarement exercer en tant que professionnelles.

 La plupart des hommes considéraient qu’il était inapproprié pour des femmes de devenir des musiciennes accomplies.

L’autre nom utilisé pour les orchestres, qui étaient la forme habituelle pour pratiquer la musique en ce temps-là, était d’ailleurs très explicite : « Clubs réservés uniquement aux hommes ou « Men only clubs » en anglais ».

Dans ce contexte, un des premiers orchestres composé exclusivement de femmes fut le « Vienna ladies orchestra ». Tous les instruments étaient utilisés dans cet ensemble, même les « plus masculins » comme la trompette, le trombone ou les percussions.

Bien que tous ses membres fussent des concertistes talentueuses, elles n’étaient autorisées à jouer que dans les brasseries et les restaurants. Alors, elles se produisirent dans ces endroits, pas seulement en Europe mais également aux Etats-Unis, ce qui amena la création d’orchestres féminins dans tout le pays.

On peut dire qu’une nouvelle graine avait été semée pour les femmes et leurs aptitudes de musiciennes. Des groupes connus comme le « Fadet lady orchestra » (1888) commencèrent à croitre en popularité, engageant plus de 600 femmes pendant les 40 années suivantes.

Beaucoup de ces femmes fondèrent à leur tour leurs propres orchestres.

Malgré cette évolution, les femmes n’étaient toujours pas les bienvenues du côté des tambours.

Il ne fut pas rare à l’époque que des jeunes femmes, orphelines, enfants ou épouses abusées, des prostitués également coupent leurs cheveux très courts et s’habillent en homme pour rejoindre l’armée.

Elles devenaient ce qu’on appelait des enfants-tambours / drummer-boys pendant la guerre civile américaine.

Elles ont été célébrées dans la chanson du folklore britannique « le joli petit tambour-The pretty drummer-boy ».

En voici quelques paroles : « Avec leurs beaux chapeaux et leurs plumes, leurs tambours rutilants qui crépitent, ils ont appris à la jeune fille leurs para papampam, Avec leurs tailles si fines et leurs doigts si longs, elles jouaient bien mieux que tous, leurs para papampam. »

Après la guerre de sécession il y eut de grands changements aux états unis. Les femmes et les afro-américains commencèrent à reconsidérer leur rôle dans la société et l’Amérique toute entière se trouva face à de grandes questions auxquelles les citoyens demandaient trouver des réponses.

Nous examinerons tout cela dans le prochain épisode qui traitera du début du 20ème siècle. Nous y verrons la création de la batterie proprement dite et comment les musiciennes ont gagné une nouvelle place dans les spectacles.

 Nous expliquerons pourquoi les « drums-kits » (ensembles de batterie) s’appelaient des « Trap kits » (ensembles de bidules)

Merci beaucoup pour votre écoute. J’aimerais connaitre vos avis sur le sujet alors n’hésitez pas à commenter et à vous abonner. Ne manquez pas le prochain épisode.

A bientôt.

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